jeu. 20/11/2003 - 20:30

Cybersexe et rencontres "virtuelles" : le sexe sans risque?


Cybersexe : une extension du domaine de la drague ?

- Le cybersexe participe-t-il à la waltdisneysation des villes ...où tout est propre et lisse ... en vidant les backrooms et les parcs à drague ?

- Le cybersexe a-t-il des caractéristiques propres ou n'est il qu'un moyen nouveau pour de vieilles pratiques ?

Autant le dire tout de suite, si contrairement au titre de la Gueulante, les questions posées aux gueulant-e-s, invitaient à réfléchir sur la pratique du sexe via l'internet, la recherche de rencontres sexuelles via l'internet et les rencontres moins « prêt à l'emploi » via l'internet, on n'est pas trop sorti des deux premières préoccupations, et ce avec une forte préoccupation morale : c'est bien ou c'est mal ?

Premier volet donc, le sexe... à la machiiiiiiiiiiiiiiiiineu ! Si les uns évoquent une sensualité entre deux personnes situées dans des espaces-temps différents, des projections intéressantes dans une expérience quasi littéraire que seule peut offrir la liberté d'une identité discrète et malléable, des jeux érotiques exploratoires sous le signe de la désinhibition, on arrive vite à la question cruciale : le but, c'est l'acte masturbatoire ? Et là, le doigt du « sage » pointe le jeux (contre le dévoilement de soi), l'échappatoire (contre la vérité), la tristesse de l'heure de pointe sur internet (contre les bars avant joyeusement remplis - comme quoi parfois, les grandes valeurs des juges autoproclamés sont plus souples qu'on ne le craindrait...), la perte au plan de la communication, des émotions et des sens (contre la mise en place de nouveaux critères de perception de l'autre), la systématique du décrochage (contre l'engagement), la frustration et le fantasme (contre la réalité des odeurs d'aisselles)... Autant de traits qui dessinent le monstre du futur porno interactif avec combinaison sensorielle, pour un sexe sans risque, mais sans goût... Comme une hygiène...

Question de transition : cela modifierait-il la réalité ? Ces nouveaux critères de perception de l'autre, de séduction, ces nouvelles manières de pratique sexuelle ne créent-elles pas une autre société ? Réponse appuyée : l'internet est dans notre société, il en est une émanation, une partie, il est inscrit dans la société réelle et, à ce titre, la complète.

Et la rencontre par le chat (entendez : le dialogue relayé par interface) ? On souligne la magie des différents stades du virtuel au réel, avec plus de paroles et plus d'échanges (contre - tiens, tiens... - la boucherie des backrooms et des saunas), l'ouverture de l'éventail des possibilités (contre la spécialisation très segmentées des sites), le rapport aux amours épistolaires (les nouvelles Liaisons dangereuses...), la complémentarité des différents modes de communication (contre le refuge dans les fantasmes), et finalement le caractère éphémère des rencontres et le caractère - hélas ? - accidentel des belles histoires... Mais en va-t-il autrement dans la réalité ?

Quelle différence retenir alors ? La surveillance possible par l'un ou l'autre pouvoir (familial, conjugal, politique, économique...) malintentionné ? Et à quelle nécessité le cybersexe répond-il ? Et la téléphonie mobile ? Et les couvertures chauffantes ? Et le tire-bouchon cosmique au laser ? Non, décidément, le cybersexe et/ou la cyberséduction restent additionnels et complémentaires par rapport au reste, ils ne sont pas là à la place de... à la place de... à la place de quoi ??? Et si c'était ça, la question ???

Paroles de gueulant-e-s :

« Si tu fais des cours, c'est bondé ! »

« - Avec ou sans webcam ? - Ça, c'est les accessoires ! »

« Se branler avec un autre sur le net, c'est tromper son mec ou pas ? »

« C'est une manière de faire le tri... »

« C'est comme si les enfants restaient toujours dans leur cour de récré ! »

Ivan Evrard
Avec Luc Calis, auteur de «Cybersexe, des amitiés digitales à l'orgasme planétaire» aux Editions Luc Pire.