mar. 09/03/2010 - 18:00

Cycle Pasolini à la Cinematek

A l'occasion du spectacle Affabulazione de Pier Paolo Pasolini

mis en scène au Rideau de Bruxelles par Frédéric Dussenne

du 23.02 au 17.03

la CINEMATEK présente

un programme Pier Paolo Pasolini avec :

- un cycle de 17 films du 09.03 > 30.04

- une conférence de Fabien Gerard en introduction au cycle

le 09.03 à 19 :00

CINEMATEK, Rue Baron Horta 9, 1000 Bruxelles

www.cinematek.be

Pier Paolo Pasolini

Pier Paolo Pasolini (1922-1975) est considéré comme l'un des cinéastes les plus importants de la seconde moitié du vingtième siècle, même s'il ne vint à la réalisation cinématographique qu'à l'âge de 38 ans, et que sa carrière fut, elle-même, très courte : débutée en 1960, elle s'achèvera quinze ans plus tard par l'assassinat crapuleux dont il sera victime. CINEMATEK vous propose de découvrir (ou de revoir), la majeure partie d'une œuvre qui n'a rien perdu de son pouvoir subversif.

Pasolini fut d'abord poète - considéré comme l'un des plus grands de sa génération. Et un écrivain de talent. Un théoricien aussi, souvent polémique dans sa façon d'aborder la politique et l'art - dont le cinéma qu'il exaltera en soulignant « sa nature profondément artistique, sa force expressive, son pouvoir de donner corps au rêve ».

Avant de devenir réalisateur, Pasolini collaborera comme scénariste à la Nuit du fleuve (Mario Soldati), Les nuits de Cabiria et La dolce vita (Federico Fellini, même s'il n'est crédité au générique d'aucun des deux films). Par ailleurs, il sera, jusqu'au début des années soixante, le co-scénariste de Mauro Bolognini pour cinq films dont Les garçons et Le bel Antonio. Sa carrière de cinéaste entammée, il continuera encore à écrire pour l'un ou l'autre cinéaste, de La commare seca, un sujet que réalisera son assistant Bernardo Bertolucci, à Histoires scélérates de Sergio Citti.

De toutes les rencontres qu'il fit, avant de passer à la mise en scène, celle de Federico Fellini est, à n'en pas douter, l'une des plus importantes. L'influence de ce dernier sur Pasolini, au-delà du rapport amour-haine qui fut le leur, est indéniable. Sa trajectoire de cinéaste épousera d'ailleurs une trajectoire assez proche de celle de Fellini. Comme l'auteur du Satyricon, il débutera dans la tradition néoréaliste (Accatone, Mama Roma, L'évangile selon Matthieu), avant d'évoluer vers un cinéma de plus en plus personnel où pointe le goût du baroque - et où la « diversité prodigieuse de ses dons explique ces exercices de corde raide éxécutés à chaque fois avec une témérité qui laisse coit ses adversaires» (Claude Beylie).

Il réalise, entre 1966 et 1971, les films les plus contoversés, les plus sulfureux, mais aussi les plus personnels de sa carrière : Oedipe roi ; Théorème, où une famille, tous sexes confondus, est visitée sexuellement par un ange, film mystique qui recevra à l'époque le Grand Prix de l'Office Catholique International du Cinéma, tout en scandalisant la bourgeoisie d'Italie et d'ailleurs ; Porcherie, et l'évocation d'un cannibalisme tribal ; Médée qui nous renvoie à une humanité païenne livrée à ses instincts.

L'œuvre qui, en dehors des précités, jongle entre essai (Carnets de notes pour une orestie africaine), documentaires (Conquête sur la sexualité, Appunti per un film indiano), sketchs (La ricotta, La rabbia, Les sorcières) et film plus léger (Des oiseaux petits et gros), va s'enrichir, de 1971 à 1974, d'un tryptique (Le décaméron, Les contes de Canterbury, Les mille et une nuits) où Pasolini, toujours travaillé par le désir de transgression esthétique et morale, explore à travers des œuvres littéraires inscrites au patrimoine de l'humanité, la sexualité la plus crue, sous un aspect volontairement paillard - chacun des films constituant un de ses plus gros succès commerciaux.

Rien, pourtant, de comparable avec son derrnier opus, qui va repousser bien plus loin les limites de la représentation sexuelle (et autre) au cinéma, mais cette fois de façon singulièrement mortifère - et donner lieu à quelques crises de nerfs chez les tenants du bon goût. Salo ou les 120 journées de Sodome (film posthume) mêle en effet, dans une mise en scène à la fois théâtrale et naturaliste, la république fasciste de Salo et le Marquis de Sade, en « brassant à pleine main » pornographie, scatologie, tortures et autres sévices, pour un film de l'extrême, indépassé, sidérant, insoutenable - qui reste pourtant un jalon incontournable de l'œuvre. Sa mort sordide a marqué à jamais son œuvre en lui conférant, définitivement, une auréole d'artiste maudit, sinon de martyr.

Une conférence en introduction au cycle:

« Pasolini le barbare » par Fabien Gerard

le 09.03 à 19:00

La rencontre se propose de retracer l'itinéraire singulier de celui que Les Nouvelles littéraires ont défini un jour comme “le grand dissident du monde occidental”. Si la résistance au modèle techno-industriel inspira plus d'un réalisateur italien de sa génération, la véritable passion que Pasolini vouait aux mille et une cultures incarnant l'antithèse de la société consumériste apparaît au cœur même de sa démarche créatrice, tant dans ses films que dans ses romans, ses poésies, ses pièces de théâtre ou ses Ecrits corsaires. D'où l'actualité de ce corpus paradoxal et visionnaire au sein du débat de fond sur le choix de civilisation qui est le nôtre, à l'heure de la disparition d'un Claude Lévi-Strauss, du sommet de Copenhague et de la sortie non moins significative du blockbuster Avatar.

Proche collaborateur de Bertolucci depuis les années 80, Fabien Gerard a longtemps vécu à Rome. Il enseigne aujourd'hui l'histoire du cinéma à l'ULB et à La Cambre. Parmi ses ouvrages : Pasolini ou le mythe de la barbarie (1981) et Ombres jaunes (1987), le journal de tournage du Dernier Empereur, paru aux Cahiers du cinema.

La conférence sera suivie à 21h00 par la projection de Accattone (Pier Paolo Pasolini, 1961)

Un cycle de 17 films

09.03 19:00

Pasolini le «barbare»

conférence sur Pier Paolo Pasolini par Fabien Gerard.

09.03 21:00

17.03 15:00

Accattone
_ Pier Paolo Pasolini

Italie 1961 / Franco Citti, Franca Pasut, Silvana Corsini / NB / 116'
_ ST: FR - NL

Le premier Pasolini et l'un de ses films les plus noirs. Sur fond de "romantisme du sordide", une histoire de souteneur prolétaire et de prostituées, inscrite dans les banlieues romaines de la misère et de la promiscuité.

13.03 19:00

Mamma Roma
_ Pier Paolo Pasolini

Italie 1962 / Anna Magnani, Franco Citti, Ettore Garofolo / NB / 106'
_ ST: FR - NL

Une prostituée élevant son jeune fils épileptique dans la Rome sordide du sous-prolétariat. Un Pasolini pessimiste, dirigeant Anna Magnani, diva du néo-réalisme.

18.03 17:00

L' évangile selon Saint-Matthieu
_ Il vangelo secondo Matteo
_ Pier Paolo Pasolini

Italie 1964 / Enrique Iraoqui, Mario Socrate, Margherita Caruso / NB / 135'
_ ST: FR - NL

L'Evangile recréé en Calabre, façon néoréaliste, pour "Une fresque austère dont aucun athée ne peut sourire, ni aucun chrétien se formaliser." (Henri Chapier).

19.03 21:00

Comizi d'amore
_ Pier Paolo Pasolini

Italie 1965 / Pier Paolo Pasolini / NB / 90'
ST: FR

Pasolini part à la rencontre des Italiens et révèle les mœurs sexuelles et amoureuses de ses compatriotes. Saisissant.

20.03 15:00

Uccellacci e uccellini + La ricotta

La ricotta
_ Pier Paolo Pasolini

Allemagne 1928 / Brigitte Helm, Gustav Diesel / NB / 84'
_ V: NL-FR / ST: ~

Des oiseaux petits et gros
_ Uccellacci e uccellini
_ Pier Paolo Pasolini

Allemagne 1928 / Brigitte Helm, Gustav Diesel / NB / 84'
V: NL-FR / ST: ~

Les dialogues farfelus de Toto et d'un corbeau, à la façon d'une fable médiévale dans "une Italie brocardée politiquement" par le réalisateur. Précédé du sketch de Pasolini dans Ro.Go.Pa.G.

25.03 17:00

Les sorcières
_ Le streghe
_ Franco Rossi, Mauro Bolognini, Pier Paolo Pasolini, Vittorio De Sica, Luchino Visconti

Italie 1967 / Totò, Silvana Mangano, Annie Girardot, Helmut Berger / couleur / 110'
_ ST: FR

Sur le thème de la femme fatale, cinq sketches dirigés par cinq réalisateurs - dont une pure merveille pasolinienne dans laquelle des comédiens-marionnettes recréent le drame d'Othello.

27.03 19:00

01.04 17:15

Edipo re
_ Pier Paolo Pasolini

Italie, Maroc 1967 / Silvana Mangano, Franco Citti, Alida Valli / couleur / 104'
_ ST: FR - NL

Pasolini adapte le mythe d'Œdipe, qu'il tourne au Maroc, et le conclue par un épilogue moderne. Un cinéma barbare et tragique avec une Maria Callas en Médée rongée par la haine - pour sa seule apparition au cinéma.

30.03 21:00

Teorema
_ Pier Paolo Pasolini

Italie 1968 / Terence Stamp, Silvana Mangano, Massimo Girotti / couleur / 98'
_ ST: FR - NL

L'intrusion foudroyante de l'amour et la sexualité dans une famille de la grande bourgeoisie visitée par un personnage angélique et pervers - pour une parabole où "Pasolini parvient à transmettre l'émotion par la pure franchise de sa vision." (A. Egoyan)

02.04 19:00

Porcherie
_ Porcile
_ Pier Paolo Pasolini

Italie, France 1969 / Jean-Pierre Léaud, Pierre Clémenti, Ugo Tognazzi / couleur / 98'
_ ST: FR - NL

Deux destins allégoriques, en paraboles alternées, par Pasolini : la zoophilie porcine en Allemagne post-nazie faisant écho à l'anthropophagie primitive sur les pentes de l'Etna.

04.04 17:00

06.04 19:00

Medea
Pier Paolo Pasolini

Italie, France, RDA 1969 / Maria Callas, Massimo Girotti, Laurent Terzieff / couleur / 111'
_ ST: FR

Dans l'univers maléfique du Sacré pré-chrétien revu par Pasolini, l'unique apparition à l'écran de Maria Callas (après ses adieux à l'opéra), en Médée rongée par la haine.

05.04 19:00

Carnet de notes pour une Orestie africaine
_ Appunti per un'Orestiade africana
_ Pier Paolo Pasolini

Italie 1975 / NB / 65'
_ ST: FR

Un "carnet de notes" filmé, dans lequel Pasolini commente repérages et castings en Ouganda et en Tanzanie pour une transposition politique, dans l'Afrique des années septante, de "l'Orestie" d'Eschyle.

08.04 13:00

La ricotta
_ Pier Paolo Pasolini

Italie, France 1963 / Sketch De Rogopag / NB + couleur / 36'
_ / ST: FR - NL

Orson Welles, en réalisateur pasolinien d'un film biblique. Extrait de la compilation Rogopag

13.04 19:00

30.04 17:00

Il Decamerone
_ Pier Paolo Pasolini

Italie, France, RFA 1970 / Pier Paolo Pasolini, Franco Citti, Ninetto Davoli / couleur / 111'
_ ST: FR - NL

Inspirés des contes libertins de Boccace, une succession de fabliaux farceurs et paillards revisités par Pasolini avec une jubilation non feinte.

18.04 17:00

27.04 17:00

Les contes de Canterbury
_ I racconti di Canterbury
_ Pier Paolo Pasolini

Italie, France 1971 / Pier Paolo Pasolini, Laura Betti, Josephine Chaplin / couleur / 110'
_ ST: FR - NL

Huit épisodes libertins, inspirés des contes médiévaux de Chaucer (interprété par le réalisateur) - dans une reconstitution d'époque, où le surnaturel côtoie une paillardise débridée.

22.04 19:30

28.04 17:15

Les contes des mille et une nuits
_ Il fiore delle mille e una notte
_ Pier Paolo Pasolini

Italie, France 1974 / Franco Merli, Ines Pellegrini, Franco Citti / couleur / 130'
_ ST: FR - NL

L'adaptation du plus fameux des recueils de contes arabes à travers une quinzaine d'histoires qui en constituent la trame. "Dans sa candeur désespérée, il nous affirma : moi? Mais je suis un homme joyeux!" (Les Taviani à propos de Pasolini).

24.04 21:00

Salo ou les 120 journées de Sodome
_ Salo o le centoventi giornate di Sodoma
_ Pier Paolo Pasolini

Italie, France 1975 / Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Aldo Valletti / couleur / 116'
_ ST: FR - NL

Film posthume, Salo ou les 120 journées de Sodome transpose Sade dans l'Italie fasciste de 1944 - pour un insoutenable cérémonial du sexe à la cruauté mortifère.